"Sarko", vu par le reste du monde
Nicolas Sarkozy reste une énigme hors des frontières françaises. Le chef de l'Etat, qui a incarné à son arrivée au pouvoir l'idée d'une France décidée à prendre en compte la mondialisation, n'a pas convaincu de sa capacité à transformer son discours en actes, alors même que la médiatisation de sa vie privée a pris le dessus, en début d'année, sur sa politique et jeté le trouble sur sa personnalité.
A deux mois du début de la présidence française de l'Union, le 1er juillet, beaucoup de dirigeants européens se méfient du caractère "imprévisible" du locataire de l'Elysée. Ainsi, note-t-on à Bruxelles, M. Sarkozy n'a-t-il pas été invité à défendre le traité de Lisbonne en Irlande, où le texte est soumis à référendum le 12 juin, alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, l'ont été.
Pourtant soucieux d'amorcer le "retour de la France" en Europe, Nicolas Sarkozy a souvent troublé ses interlocuteurs européens par son style et ses méthodes. Plusieurs projets portés par le chef de l'Etat ont agacé. Le président français a ainsi dû revoir à la baisse ses ambitions au sujet de l'Union pour la Méditerranée, qui a contribué à détériorer ses relations avec Mme Merkel. "L'intuition est sans doute bonne, mais cette initiative a dès le début été mal présentée aux partenaires européens", observe un haut fonctionnaire bruxellois.
Aux yeux des Allemands, Nicolas Sarkozy s'est montré aussi imprévisible qu'ils le craignaient. "On a du mal à ne pas perdre le fil", résume une source proche du gouvernement allemand. L'éloge dithyrambique d'Angela Merkel dressé par le chef de l'Etat français, le 1er mai, à Aix-la-Chapelle, lors de la remise du prix Charlemagne à la chancelière allemande, ne suffira pas à réparer les dégâts, d'autant que personne n'ignore la méfiance instinctive de M. Sarkozy pour l'Allemagne.
Avec ses attaques répétées contre la Banque centrale européenne, son souci de défendre les intérêts de l'industrie française, sa conception première de l'Union pour la Méditerranée, M. Sarkozy a soumis le couple franco-allemand à rude épreuve. Sa manière de se mettre en scène, comme lors de la négociation du traité de Lisbonne, agace les Allemands. Aussi la perspective de la présidence française de l'Union n'est-elle pas sans inquiéter Berlin. "Cela va être sportif mais aussi sans doute très éducatif pour le président français", souligne une source proche du gouvernement.
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